Tempête solaire : quels risques et comment se préparer
Le kit à prévoir
- Radio à piles ou à manivelle1 par foyer
- Lampe frontale et piles de rechange1 par personne
- Batterie externe chargée1 par téléphone
- Carte routière papier de la région1 par véhicule
- Argent liquide en petites coupuresquelques jours de dépenses courantes
- Eau en bouteille6 litres par personne
Les bons réflexes
- Suivez les consignes des autorités à la radio, sur un poste à piles.
- Gardez téléphone et batterie externe chargés dès qu'une alerte est relayée.
- Ne comptez pas uniquement sur le GPS pour vous déplacer.
- En cas de coupure, appliquez les réflexes d'une coupure de courant longue.
- Méfiez-vous des messages alarmistes : vérifiez auprès de sources officielles.
Si le courant est coupé, un groupe électrogène se place toujours à l'extérieur des bâtiments : risque mortel d'intoxication au monoxyde de carbone.
L'essentiel
- Une éruption solaire est un éclair de rayonnement qui atteint la Terre à la vitesse de la lumière ; la tempête solaire, ou géomagnétique, est la perturbation du champ magnétique terrestre provoquée surtout par une éjection de masse coronale, qui arrive en 15 heures à plusieurs jours.
- La NOAA classe les tempêtes géomagnétiques de G1 (mineure) à G5 (extrême). Au niveau G5, certains réseaux électriques peuvent s'effondrer et la navigation par satellite être dégradée pendant des jours.
- Précédents : l'événement de Carrington (1859) a mis en panne les télégraphes ; le 13 mars 1989, le Québec a été privé de courant plus de 9 heures ; en mai 2024, la première tempête G5 en vingt ans n'a pas causé de dégâts catastrophiques.
- Selon l'ESA, ces tempêtes ne sont pas directement dangereuses pour les personnes au sol. Le ministère de la Transition écologique juge le réseau français beaucoup moins exposé que ceux du Canada ou de la Scandinavie.
- Pour un foyer, la préparation est celle d'une coupure de courant longue et d'une panne des réseaux de communication.
Ce qui tombe, dans quel ordre
- À l'éruptionUn éclair de rayonnementL'éruption solaire arrive à la vitesse de la lumière. Elle peut perturber les radios à ondes courtes et la navigation par satellite côté jour.
- De 15 heures à quelques jours plus tardLe nuage de plasma atteint la TerreSelon la NOAA, les éjections de masse coronale les plus rapides arrivent en 15 à 18 heures, les plus lentes en plusieurs jours. Les prévisionnistes ont le temps d'alerter les opérateurs.
- Pendant la tempêteRéseaux sous surveillanceCourants induits dans les longues lignes électriques, GPS dégradé, satellites freinés par l'atmosphère : les opérateurs ajustent leurs systèmes.
- Dans le pire des casCoupure de courant régionaleAu Québec en mars 1989, les protections du réseau ont déclenché une panne générale en moins d'une minute, pour plus de 9 heures.
- AprèsRéparationsSi des transformateurs sont endommagés, le retour à la normale peut prendre plus longtemps qu'une simple remise sous tension.
Une tempête solaire peut perturber les réseaux électriques, les satellites, le GPS et les radios, et, dans les cas extrêmes, provoquer des coupures de courant régionales, comme au Québec en 1989. Elle n’est pas directement dangereuse pour les personnes au sol, selon l’Agence spatiale européenne (ESA). C’est un scénario rare et à fort impact : pour un foyer, s’y préparer revient à se préparer à une coupure de courant longue et à une panne des communications.
Éruption solaire, tempête solaire : deux phénomènes liés
Les deux mots sont souvent confondus. Les agences spatiales distinguent trois choses :
| Éruption solaire | Éjection de masse coronale | Tempête géomagnétique | |
|---|---|---|---|
| Ce que c’est | Brusque émission de rayonnement électromagnétique, de quelques minutes à quelques heures | Expulsion d’un énorme nuage de plasma et de champ magnétique depuis la couronne du Soleil | Perturbation du champ magnétique terrestre à l’arrivée de ce nuage |
| Délai avant la Terre | Vitesse de la lumière : aucun préavis | De 15 à 18 heures pour les plus rapides, plusieurs jours pour les plus lentes | Démarre à l’arrivée de l’éjection |
| Effets principaux | Radio à ondes courtes perturbée côté jour | Elle provoque la tempête géomagnétique | Courants induits dans les lignes électriques, GPS et satellites perturbés, aurores |
Selon l’ESA, une éruption solaire est une explosion qui se produit quand l’énergie stockée dans des champs magnétiques « torsadés », en général au-dessus des taches solaires, est brutalement libérée. Elle s’accompagne parfois d’une éjection de masse coronale, mais pas toujours. Quand le langage courant parle de « tempête solaire », il désigne le plus souvent la tempête géomagnétique, celle qui peut toucher les réseaux au sol.
L’intérêt pratique de la distinction : l’éruption arrive sans prévenir, mais ses effets restent limités à la radio et à la navigation. L’éjection de masse coronale, plus lente, laisse quelques heures à quelques jours aux prévisionnistes pour alerter les gestionnaires de réseaux et de satellites.
L’échelle G1 à G5 de la NOAA
Le centre de prévision de la météo spatiale de l’agence américaine NOAA classe les tempêtes géomagnétiques en cinq niveaux. Les fréquences sont des moyennes sur un cycle solaire de 11 ans.
| Niveau | Effets possibles sur les réseaux électriques | Autres effets | Fréquence moyenne par cycle |
|---|---|---|---|
| G1 (mineure) | Faibles fluctuations | Effets mineurs sur les satellites | 1 700 épisodes (900 jours) |
| G2 (modérée) | Alarmes de tension aux hautes latitudes ; transformateurs endommagés si la tempête dure | Radio à ondes courtes affaiblie aux hautes latitudes | 600 épisodes (360 jours) |
| G3 (forte) | Corrections de tension, fausses alarmes de protection | Navigation par satellite intermittente | 200 épisodes (130 jours) |
| G4 (sévère) | Problèmes de tension étendus, déclenchements intempestifs de protections | Navigation par satellite dégradée pendant des heures | 100 épisodes (60 jours) |
| G5 (extrême) | Problèmes de tension et de protection étendus ; effondrement complet ou black-out de certains réseaux ; transformateurs endommagés | Radio à ondes courtes impossible par endroits pendant un à deux jours ; navigation par satellite dégradée pendant des jours | 4 épisodes (4 jours) |
La NOAA a créé deux autres échelles : R1 à R5 pour les coupures radio dues aux éruptions, S1 à S5 pour les tempêtes de rayonnement.
Ce qui s’est passé lors des grandes tempêtes
L’événement de Carrington, 1859
Le 1er septembre 1859, vers 11 heures, l’astronome anglais Richard Carrington observe un éclair de lumière blanche intense au niveau de taches solaires. Environ 17 heures plus tard, selon la NOAA, des aurores illuminent le ciel jusqu’au Panama et des surtensions rendent les réseaux de télégraphe inutilisables. La même page pédagogique de la NOAA estime qu’une tempête de cette ampleur pourrait aujourd’hui endommager gravement des satellites, interrompre téléphone, radio et télévision et provoquer des coupures de courant à l’échelle de continents, avec des réparations de plusieurs semaines ou plus. Elle indique aussi que de telles tempêtes surviennent environ tous les 500 ans, et celles deux fois moins intenses environ tous les 50 ans : ce sont des ordres de grandeur, pas une prévision.
Le Québec, 13 mars 1989
Selon Hydro-Québec, le 13 mars 1989 à 2 h 44, le champ magnétique terrestre fluctue violemment ; le système de protection du réseau se déclenche et la panne survient en moins d’une minute. La province reste plongée dans le noir plus de neuf heures. Hydro-Québec explique sa vulnérabilité par le grand bouclier rocheux sur lequel repose la province, qui empêche le courant de circuler dans le sol. Depuis, l’entreprise a recalibré ses protections, installé un système d’alerte en temps réel et prévu de réduire les flux sur ses lignes pendant les tempêtes magnétiques.
La tempête de mai 2024
La NOAA a observé des conditions G5 le 10 mai 2024, une première depuis deux décennies. D’après la NASA, des lignes haute tension ont disjoncté, des transformateurs ont surchauffé, des tracteurs guidés par GPS ont dévié de leur trajectoire aux États-Unis, et l’atmosphère gonflée a freiné des milliers de satellites. La NASA conclut que l’événement n’a pas causé de dégâts catastrophiques. L’ESA indique qu’aucun de ses satellites n’a été endommagé.
En novembre 2025, une nouvelle série d’éruptions a provoqué une tempête de niveau G4. L’ESA prévoyait un impact limité sur les technologies critiques et précisait que l’événement ne présentait pas de risque biologique direct pour les personnes sur Terre.
Quelles sont les conséquences d’une tempête solaire ?
Une tempête solaire peut perturber les réseaux électriques, les satellites, le GPS et la radio à ondes courtes ; les réseaux mobiles et internet ne sont touchés qu’indirectement, s’ils perdent leur alimentation électrique. Elle n’est pas directement dangereuse pour les personnes au sol, selon l’ESA.
- Électricité. Les variations du champ magnétique induisent des courants dans les longues lignes. Selon la NOAA, ils peuvent saturer les transformateurs, les faire chauffer, déclencher des protections à tort et, sur un réseau déjà chargé, conduire à des coupures partielles ou générales.
- Satellites. Charges électriques sur les composants, problèmes d’orientation, freinage accru en orbite basse.
- GPS et navigation par satellite. Positionnement dégradé pendant des heures (G4) ou des jours (G5).
- Radio et télécoms. La radio à ondes courtes peut devenir inutilisable par endroits pendant un à deux jours (G5). Les réseaux mobiles et internet dépendent de l’électricité : une coupure longue les ferait tomber, comme dans tout blackout.
Et la France ?
En 2017, répondant à un député, le ministère de la Transition écologique indiquait que les réseaux sont surtout affectés aux latitudes élevées, quand la mise à la terre des transformateurs est directe et que les sols favorisent la circulation des courants. Il jugeait le réseau français « beaucoup moins exposé » que ceux du Canada, du nord des États-Unis ou des pays scandinaves, ses schémas de raccordement limitant les courants induits. Il écartait aussi une extinction préventive du réseau, à cause de ses conséquences pour la population. Moins exposé ne veut pas dire immunisé : les satellites et le GPS, eux, sont partagés par tous.
Un scénario de faible probabilité et de fort impact
Aucune source officielle consultée ne donne de probabilité chiffrée pour une tempête de type Carrington dans les années qui viennent. En octobre 2024, la NASA et la NOAA ont annoncé que le Soleil était entré dans la phase de maximum de son cycle de 11 ans, prévue pour durer encore environ un an, et la NOAA s’attendait à d’autres tempêtes pendant cette période. Les alertes viennent du centre de prévision de la NOAA et du réseau de services de météo spatiale de l’ESA, à court terme : l’éjection de masse coronale la plus rapide met une quinzaine d’heures à arriver. Un contenu qui annonce une tempête dévastatrice à une date lointaine va au-delà de ce que publient ces agences.
Comment se protéger d’une tempête solaire ?
Pour un foyer, se protéger d’une tempête solaire revient à se préparer à une coupure de courant, éventuellement longue, et à des communications dégradées : il n’y a rien de spécifique à acheter. Les priorités :
- S’informer sans réseau : une radio à piles ou à manivelle reçoit les consignes quand le mobile et internet décrochent.
- Tenir sans électricité : éclairage, eau, nourriture sans cuisson, batteries chargées. Les scénarios et les ordres de grandeur sont détaillés dans blackout en France.
- Communiquer autrement : un plan familial décidé à l’avance, une liste papier des numéros. Voir panne de réseau téléphone et internet.
- Se déplacer sans GPS : une carte papier dans la voiture.
- Dimensionner ses réserves : 72 heures recommandées en France, davantage dans d’autres pays européens. La comparaison est dans combien de temps tenir.
Pour tenir si le courant tombe plusieurs jours, voir coupure de courant prolongée.
Questions fréquentes
Quelle différence entre une éruption solaire et une tempête solaire ?
L'éruption solaire est une brusque émission de rayonnement par le Soleil, qui touche la Terre en quelques minutes et perturbe surtout les radios à ondes courtes. La tempête solaire, au sens courant, est une tempête géomagnétique : la perturbation du champ magnétique terrestre causée par l'arrivée d'une éjection de masse coronale, un nuage de plasma, qui met de 15 heures à plusieurs jours. Les deux vont souvent ensemble, mais pas toujours.
Une tempête solaire est-elle dangereuse pour la santé ?
Selon l'Agence spatiale européenne, les grandes perturbations de la météo spatiale ne sont pas directement dangereuses pour les personnes à la surface de la Terre, protégées par l'atmosphère et le champ magnétique. L'ESA mentionne seulement un risque limité pour les vols à haute altitude et haute latitude.
Une tempête solaire peut-elle couper internet ?
Les effets décrits par la NOAA portent sur les réseaux électriques, les satellites, la radio à ondes courtes et la navigation par satellite. Internet et le téléphone mobile en dépendent indirectement : si le courant tombe longtemps, les équipements finissent par s'arrêter, comme lors d'une coupure classique.
Y aura-t-il une tempête solaire en 2026 ?
Personne ne peut l'annoncer des mois à l'avance. Le centre de prévision de la NOAA publie des prévisions à trois jours. En octobre 2024, la NASA et la NOAA ont annoncé que le Soleil était entré dans la phase de maximum de son cycle, prévue pour durer encore environ un an, et la NOAA s'attendait à d'autres tempêtes pendant cette période.
Qu'est-ce que l'événement de Carrington ?
C'est la tempête géomagnétique de septembre 1859, devenue la référence pour les scénarios extrêmes. Le 1er septembre, l'astronome Richard Carrington observe un éclair sur le Soleil ; environ 17 heures plus tard, des aurores apparaissent jusqu'au Panama et les réseaux de télégraphe deviennent inutilisables.
Sources
- NOAA Space Weather Prediction Center, NOAA Space Weather Scales (en anglais)
- NOAA SWPC, Coronal Mass Ejections (en anglais)
- NOAA SWPC, Solar Flares (Radio Blackouts) (en anglais)
- NOAA SWPC, Electric Power Transmission (en anglais)
- NOAA SWPC, G5 Conditions Observed (10 mai 2024, en anglais)
- NOAA NESDIS, What was the Carrington Event? (en anglais)
- ESA, What are solar flares? (en anglais)
- ESA, The May 2024 solar storm: your questions answered (17 mai 2024, en anglais)
- ESA, ESA monitoring November 2025 space weather event (en anglais)
- NASA, What NASA is learning from the biggest geomagnetic storm in 20 years (en anglais)
- NASA, NASA, NOAA: Sun Reaches Maximum Phase in 11-Year Solar Cycle (octobre 2024, en anglais)
- Hydro-Québec, In March 1989, Québec experienced a blackout caused by a solar storm (en anglais)
- Assemblée nationale, Question écrite n° 1545 sur les tempêtes solaires et réponse du ministère de la Transition écologique (JO du 31 octobre 2017)
- Santé publique France, Les intoxications au monoxyde de carbone peuvent concerner chacun de nous (12 décembre 2022)
Les chiffres présentés comme des estimations sont des ordres de grandeur à adapter à votre situation. En cas de crise, les consignes des autorités priment.