Pénuries alimentaires et de médicaments : que faire
Le kit à prévoir
- Réserve d'aliments que le foyer consomme déjà72 h au minimum, une semaine selon le repère suisse
- Eau en bouteille6 litres par personne
- Liste de la réserve avec les dates1 feuille, sur la porte du placard
- Marqueur pour dater les achats1
- Copie des ordonnances et liste des traitements (molécule, dosage)1 par personne traitée
- Aliments infantiles ou de régime spécifiqueselon les besoins du foyer
- Nourriture pour animauxquelques jours d'avance
Les bons réflexes
- Achetez comme d'habitude : les achats de précaution aggravent la pénurie.
- Constituez votre réserve en temps normal, petit à petit, jamais au moment de l'annonce.
- Consommez et remplacez : les produits les plus anciens devant, les nouveaux derrière.
- Médicament introuvable : demandez d'abord à votre pharmacien s'il existe une alternative.
- Ne stockez pas de médicaments sans besoin immédiat.
Ne modifiez ni n'arrêtez un traitement de vous-même faute de médicament : demandez à votre pharmacien ou à votre médecin.
L'essentiel
- Les pénuries récentes en France ont visé des produits précis : masques en 2020, moutarde et huile de tournesol en 2022, paracétamol en 2022-2023.
- Une rupture de médicament est caractérisée quand la pharmacie ne peut pas le délivrer sous 72 heures ; près de 3 880 déclarations de ruptures ou de risques de ruptures de médicaments d'intérêt thérapeutique majeur ont été enregistrées en 2025.
- Si votre médicament manque, votre pharmacien peut proposer une alternative autorisée ; ne modifiez pas votre traitement sans avis médical et ne constituez pas de stock sans besoin immédiat.
- Les achats de précaution aggravent les pénuries : en 2022, le Sénat relevait que le surstockage de moutarde ou d'huile de tournesol faisait monter les cours.
- Une réserve utile est progressive et tournante : des aliments que vous consommez déjà, rangés du plus ancien au plus récent, renouvelés au fil des repas.
Ce qui tombe, dans quel ordre
- Au départUn maillon de la chaîne casseMauvaise récolte, usine à l'arrêt, conflit, grève ou épidémie : un produit précis devient difficile à produire, à importer ou à livrer.
- Premiers joursLa peur amplifie le manqueLes achats de précaution des particuliers, voire des distributeurs, vident les rayons plus vite et font monter les prix.
- Semaines suivantesLes autorités répartissentPour un médicament, l'ANSM peut organiser une distribution régulée entre pharmacies, autoriser des importations ou des préparations en pharmacie, ou limiter les quantités délivrées.
- Retour à la normaleLa production repartUne bonne récolte ou une usine relancée regarnit les rayons. Après la pénurie de moutarde de 2022, la récolte canadienne de graines est nettement remontée.
Les pénuries alimentaires ou de médicaments documentées ces dernières années en France ont touché des produits précis, pas tout le magasin. Pour les médicaments, le bon réflexe est le pharmacien, qui connaît les alternatives autorisées par l’ANSM ; ne modifiez jamais un traitement seul. Pour l’alimentation, une petite réserve constituée en temps normal et renouvelée au fil des repas suffit à traverser un rayon vide, sans participer à la ruée qui l’a vidé.
Pourquoi y a-t-il des pénuries ?
Les ruptures d’approvisionnement documentées en France partent d’une cause précise (mauvaise récolte, conflit, crise sanitaire, capacités industrielles insuffisantes, grève ou blocage) ; les achats de précaution les aggravent souvent.
Une logistique sans grosses réserves
La distribution alimentaire s’est organisée autour d’entrepôts régionaux qui fonctionnent « en flux tendu », relève une analyse du ministère de l’Agriculture : les marchandises circulent en continu, sans grosses réserves intermédiaires. Notre lecture : ce modèle, conçu pour livrer vite et à moindre coût, laisse peu de marge face à un pic de demande soudain. Pour les médicaments, le Haut-Commissariat au Plan relevait en 2020 un mouvement de délocalisation et de fragmentation des chaînes de production internationales, mis en lumière par la crise du Covid-19.
Les causes de départ
| Cause | Exemple documenté |
|---|---|
| Mauvaise récolte | En 2021, les graines de moutarde canadiennes ont baissé de près de 50 % par rapport à la moyenne, ce qui a contribué à la pénurie de moutarde en France à l’été 2022 (direction générale du Trésor) |
| Conflit | L’Ukraine produit 50 % de l’huile de tournesol mondiale et la Russie 28 % ; la guerre a entraîné hausse des cours et pénurie en 2022 (Sénat) |
| Crise sanitaire | Au printemps 2020, la demande de masques a été multipliée par dix ; masques, gants et blouses ont fait défaut (Haut-Commissariat au Plan) |
| Capacités industrielles | Les ruptures de médicaments viennent surtout de capacités de production insuffisantes ou d’une hausse des ventes (ANSM) |
| Grève, blocage | En octobre 2022, des grèves dans les raffineries et les dépôts ont désorganisé l’approvisionnement des stations : voir pénurie de carburant |
Une cyberattaque contre des services essentiels peut aussi bloquer une chaîne logistique. Le guide « Tous responsables » du SGDSN range les difficultés d’approvisionnement dans les grandes surfaces et les stations-service parmi les effets possibles de toute crise majeure, quelle qu’en soit l’origine.
Les achats de précaution
C’est souvent la peur qui transforme une tension en rayon vide. En mars 2020, l’Insee a observé que les craintes de pénurie avaient conduit à un phénomène de stockage, alors que le ministère de l’Agriculture assurait qu’il n’y avait « aucun risque de rupture » dans l’approvisionnement des magasins. En 2022, le Sénat relevait que des acheteurs, grande distribution comprise, surstockaient les produits dont ils craignaient la pénurie, comme la moutarde ou l’huile de tournesol, ce qui faisait monter les cours. Ce qui s’est passé pendant le confinement est détaillé dans pandémie et confinement.
Pénurie de médicaments : ce que dit l’ANSM
Ce qu’est une rupture
Le Code de la santé publique parle de rupture d’approvisionnement quand une pharmacie ne peut pas délivrer un médicament à un patient dans un délai de 72 heures, après avoir sollicité deux distributeurs. Le pharmacien peut réduire ce délai si le traitement l’exige.
L’ANSM suit en priorité les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM). En 2025, elle a enregistré près de 3 880 déclarations de ruptures ou de risques de ruptures de MITM, un chiffre stable par rapport à 2024. Depuis septembre 2021, les laboratoires doivent détenir un stock de sécurité d’au moins deux mois pour ces médicaments, que l’ANSM peut porter à quatre mois pour ceux qui ont connu des ruptures répétées.
Ce que l’ANSM peut faire
Selon son rapport d’activité 2025, la mesure la plus utilisée est la distribution régulée, qui garantit à un maximum de pharmacies une quantité minimale du médicament. L’agence peut aussi faire importer des alternatives, autoriser des préparations magistrales, réserver un médicament aux patients qui en ont le plus besoin, constituer des réserves de dépannage ou faire délivrer le médicament à l’unité. À l’hiver 2025-2026, son plan de surveillance de 14 molécules (antibiotiques, paracétamol, traitements de l’asthme) n’a pas relevé de tension.
Que faire si votre médicament manque
- Parlez à votre pharmacien. Selon les recommandations de l’ANSM, il peut parfois délivrer une alternative ou une préparation magistrale sans nouvelle ordonnance, en prévenant votre médecin.
- Ne modifiez pas votre traitement sans avis médical. C’est la consigne que répète l’ANSM, avec celle de consulter rapidement en cas d’effet inhabituel après un changement.
- Consultez votre médecin si aucune alternative n’est disponible en pharmacie.
- Vérifiez la situation sur le site de l’ANSM, rubrique « Disponibilité des produits de santé ». Elle ne liste que les MITM sans alternative suffisante : un médicament absent de la liste peut quand même manquer localement.
- Ordonnance expirée : pour un traitement chronique, le pharmacien peut, à titre exceptionnel, le délivrer par période d’un mois dans la limite de trois mois, en informant le médecin (article L5125-23-1 du Code de la santé publique).
Pourquoi ne pas stocker de médicaments
Pendant les tensions sur le paracétamol de 2022, l’ANSM demandait aux pharmaciens de limiter la délivrance sans ordonnance à deux boîtes par patient, et aux patients de ne pas constituer de stock « dès lors que vous n’en avez pas un besoin immédiat ». En 2026, face aux tensions sur certains collyres, elle demande aux professionnels d’éviter les stocks de précaution. Une boîte gardée « au cas où » peut manquer à quelqu’un qui en a besoin le jour même.
Gardez donc ce qui correspond à votre ordonnance en cours, avec une copie papier de l’ordonnance et la liste de vos traitements (nom de la molécule, dosage). Noter la molécule, et pas seulement la marque, facilite l’échange avec le pharmacien.
Comment faire une réserve alimentaire ?
Une réserve alimentaire se construit progressivement, en achetant un peu plus que d’habitude des produits que vous mangez déjà, puis en les consommant du plus ancien au plus récent. Aucune autorité française ne recommande de stock pour des mois. La liste officielle du kit d’urgence publiée sur Géorisques vise 72 heures : 6 litres d’eau par personne en bouteilles et de la nourriture non périssable qui se mange sans cuisson. La Suisse, citée à titre de comparaison, conseille environ une semaine d’aliments et précise que ces provisions servent à « parer à une pénurie de quelques jours ». Les autres durées recommandées sont comparées dans combien de temps tenir, et la liste complète figure dans le kit de survie du gouvernement.
La méthode tient en quatre gestes :
- Achetez un peu plus que d’habitude, souvent, plutôt qu’une grosse quantité d’un coup. À titre indicatif, un paquet de riz ou deux conserves de plus par semaine constituent une avance en quelques semaines.
- Choisissez ce que vous mangez déjà. L’office fédéral suisse demande d’intégrer les provisions au quotidien « en les consommant et les remplaçant régulièrement ». Une réserve que personne ne mange finit à la poubelle.
- Rangez en « premier entré, premier sorti ». Le ministère de l’Agriculture conseille, pour le réfrigérateur, de mettre en avant les produits dont la date est la plus proche ; la même logique vaut pour le placard. Les achats récents vont derrière.
- Notez les dates. Une liste sur la porte du placard, ou la date écrite au marqueur sur l’emballage, évite de découvrir une conserve oubliée depuis longtemps.
Pour une liste adaptée à votre foyer et aux risques de votre adresse, utilisez le configurateur de kit.
Quels aliments stocker en cas de pénurie ?
Une réserve se compose surtout de produits à date de durabilité minimale (DDM) que vous consommez déjà : la liste suisse cite par exemple le riz, les pâtes, les conserves, le lait UHT et le chocolat. La date imprimée sur l’emballage dit ce que vous pouvez garder :
| Mention | Signification (ministère de l’Agriculture) | Exemples |
|---|---|---|
| « À consommer jusqu’au » (DLC) | Date impérative, produit périssable : ne plus le consommer après | Yaourts, viande fraîche, poisson, plats cuisinés non stérilisés |
| « À consommer de préférence avant » (DDM) | Pas de danger après la date, mais goût ou texture peuvent se dégrader | Gâteaux secs, conserves |
Une réserve tournante se construit donc surtout avec des produits à DDM, que la liste suisse recommande de stocker dans un endroit frais, sec et à l’abri de la lumière. Prévoyez aussi des aliments qui se mangent sans cuisson, utiles si une coupure d’électricité s’ajoute à la pénurie.
Bébé, régime sans gluten, allergie, animal : ces produits sont les plus difficiles à remplacer quand un rayon est vide. Voyez le kit d’urgence famille.
Se préparer sans accaparer
L’accaparement ne protège pas : il déplace la pénurie vers les autres et fait monter les prix pour tout le monde, y compris pour vous à la prochaine course. La préparation utile se fait en temps normal, quand les rayons sont pleins, par petites quantités. Le jour où une pénurie est annoncée, la meilleure conduite est de continuer à acheter comme d’habitude et de puiser dans la réserve déjà constituée.
Des ruptures peuvent aussi naître de grèves et de blocages logistiques : voir grève générale et blocages. Pour la dimension budgétaire d’une crise qui dure, voir se préparer à une crise économique.
Questions fréquentes
Y a-t-il un risque de pénurie alimentaire en France ?
Aucune source officielle consultée n'annonce de pénurie alimentaire générale. Les épisodes récents documentés ont touché des produits précis (moutarde, huile de tournesol en 2022) et, en 2020, le ministère de l'Agriculture assurait que l'approvisionnement des magasins était garanti.
Que faire si un médicament est en rupture de stock ?
Demandez à votre pharmacien : selon les recommandations de l'ANSM, il peut parfois délivrer une alternative ou une préparation magistrale sans nouvelle ordonnance. Si aucune solution n'existe, consultez votre médecin, et ne modifiez pas votre traitement sans avis médical.
Où trouver la liste des médicaments en rupture ?
Sur le site de l'ANSM, rubrique « Disponibilité des produits de santé ». Elle recense les médicaments d'intérêt thérapeutique majeur en difficulté d'approvisionnement sans alternative suffisante, pas toutes les ruptures.
Faut-il faire un stock de nourriture pour 1 an ?
Aucune autorité française ne le recommande. La liste officielle du kit d'urgence vise 72 heures, et la Suisse, qui conseille environ une semaine de provisions, précise qu'elles ne sont pas conçues pour une crise de longue durée.
Combien de temps se conserve une réserve de nourriture ?
Regardez la date : après une date limite de consommation (« à consommer jusqu'au »), on ne mange plus le produit ; après une date de durabilité minimale (« à consommer de préférence avant »), il peut perdre du goût ou de la texture mais ne présente pas de danger, selon le ministère de l'Agriculture.
Sources
- ANSM, Disponibilité des produits de santé : médicaments
- ANSM, Rapport d'activité 2025 : une mobilisation constante pour assurer la disponibilité des produits de santé
- ANSM, Les médicaments d'intérêt thérapeutique majeur doivent disposer d'un stock de sécurité de deux mois (2021, mis à jour décembre 2024)
- Légifrance, Code de la santé publique, article R5124-49-1 (définition de la rupture d'approvisionnement)
- ANSM, Paracétamol : limiter les tensions d'approvisionnement qui se prolongent (octobre 2022)
- ANSM, Tensions en collyres : bien les prescrire pour préserver les stocks disponibles (juillet 2026)
- ANSM, Rupture de stock de Bicafres 1000 mg : recommandation de remplacement (août 2026)
- Légifrance, Code de la santé publique, article L5125-23-1 (ordonnance expirée, traitement chronique)
- Sénat, Rapport d'information n° 799 sur l'inflation et les négociations commerciales (juillet 2022, PDF)
- Direction générale du Trésor, Canada : quelles récoltes en 2022 ? (octobre 2022)
- Haut-Commissariat au Plan, Produits vitaux et secteurs stratégiques : comment garantir notre indépendance ? (décembre 2020, PDF)
- Insee Première n° 1808, Les ventes dans le commerce plongent au printemps 2020
- Ministère de l'Agriculture, Communiqué de Didier Guillaume sur l'approvisionnement (18 mars 2020, PDF)
- Ministère de l'Agriculture, Géographie logistique du système agro-alimentaire français (Analyse n° 192)
- Ministère de l'Agriculture, Comment conserver les aliments ? DLC, DDM, quelle différence (octobre 2024)
- Ministère de l'Agriculture, Des conseils pour bien ranger votre frigo (mai 2025)
- SGDSN, Tous responsables. Face aux risques, agissons (novembre 2025, PDF)
- Office fédéral suisse pour l'approvisionnement économique du pays (OFAE), Des provisions... providentielles
- Géorisques, Mon kit d'urgence 72 h
Les chiffres présentés comme des estimations sont des ordres de grandeur à adapter à votre situation. En cas de crise, les consignes des autorités priment.